samedi 28 février 2009

Les amis de Sacha guitry ont dit de lui

(Laurent Tailhade né le 16 avril 1854 à Tarbes, Hautes-Pyrénées et décédé à Combs-la-Ville, Seine-et-Marne le 1er novembre 1919* est un polémiste et poète satirique et libertaire.)

Entre les noms que chacun salue, il faut écrire d'abord celui de Sacha Guitry, ce Molière du XXe siècle, dont la gloire classique illuminera les générations futures, dont l'œuvre, loin de passer comme celle d'Augier, de Dumas, de tant d'autres, acquerra d'âge en âge une force nouvelle et de plus larges succès. Quelles œuvres poignantes, d'un accent humain et véridique où le cœur mis à nu palpite à la lumière implacable de la Vérité ! Jean de la Fontaine, Deburau sont, à coup sûr, les plus beaux drames qui aient illustré la scène française. Et je ne trouve à nommer auprès de leur auteur que Beque ou Porto-Riche, ces cruels témoins de la société contemporaine.

La plus grande originalité de Sacha Guitry sera peut-être d'avoir échafaudé son œuvre entière sur sa propre vie. Il s'est, en elle, confessé comme Jean-Jacques ou Montaigne. Il a trouvé dans sa joie ou sa propre douleur un microcosme où se reflète en aspects infinis l'homme de tous les temps et de tous les univers. Le philosophe indulgent des Essais n'a pas été plus loin dans l'investigation, dans l'analyse de son moi. Il n'a pas mis une plus haute sagesse, une vision plus œcuménique de l'Être universel dans le bréviaire dont nous admirons le désenchantement et la prudence résignés. Cependant, Michel de Montaigne était un vieillard. Il philosophait au déclin de sa vie. Sacha, lui, a commencé d'entrer dans la gloire au temps où le commun des hommes n'est pas sorti de page. Sa philosophie a dans les veines une pourpre de jeunesse qui prête à chacun de ses mots l'éclat du soleil levant et la fraîcheur du mois de mai.

* Tailhade s'éteint le 1er novembre 1919 à Combs-la-Ville, laissant sa femme et sa fille dans un certain dénuement. Une souscription, en grande partie alimentée par Sacha Guitry, le sauvera de la fosse commune le 20 février 1921, pour lui donner une sépulture au cimetière Montparnasse.

Les amis de Sacha guitry ont dit de lui

(Anatole France, de son vrai nom Jacques Anatole François Thibault, est un écrivain français, né le 16 avril 1844 à Paris, mort le 12 octobre 1924 à Saint-Cyr-sur-Loire, Indre et Loire.)

Mon Cher Sacha,

Je vous devrai le funeste présent de l'immortalité. De tous les papiers que j'ai barbouillés dans ma vie, ce feuillet seul traversera les âges. Qu'il porte à la postérité la plus reculée le témoignage de l'estime et de l'amitié que j'ai pour vous.

vendredi 27 février 2009

Donne moi tes yeux

Au début de ce film je montrais l'intérieur du Palais de Tokyo à la veille d'un vernissage et l'une des trois salles était consacrée à la rétrospective supposée des chefs-d’œuvre de la peinture française réalisée entre 1870 et 1871.

J'avais fait agrandir les photographies d'une vingtaine de tableaux célèbres : le Balcon de Manet, la Vague de Courbet, la Loge de Renoir, une Marine de Monet et, mises à leurs dimensions réelles, l'effet était saisissant.

Quant au texte, il était propre à renforcer encore l'espérance des nôtres et il était de nature à prouver aux Allemands que rien ne peut abattre le Génie de la France.

Voici ce texte.

Je m'adressais à l'un de mes amis et je lui disais : Admire ces splendeurs !... Voilà ce que faisaient des hommes de génie à l'heure où la France venait de perdre la guerre. Et devant ces merveilles, n'a-t-on pas l'impression que ce que l'on perdait d'un côté, on le regagnait de l'autre? Car on a bien le droit de considérer que des œuvres pareilles, cela tient lieu de victoires. Passons maintenant dans la salle voisine. Vois donc : Matisse, Bonnard, Dunoyer de Segonzac, Othon Friez, Maillol, Utrillo, Vlaminck, Despiau, Touchagues, Brianchon la France continue !
Je signale deux incidents qui se produisirent au cours du « tournage » du film.Un jour, ayant rencontré, rue François Ier mon ami Marcel Simon qui portait l'étoile jaune je le priai de m'accompagner jusqu'au Studio.

Nous nous assîmes tous les deux dans le décor et bientôt je donnai l'ordre de commencer à tourner.

Je m'aperçus alors qu'un grand trouble agitait les personnes présentes : ouvriers et techniciens se consultaient à voix basse et l'ordre que j'avais donné ne s'exécutait pas.

Le directeur de la production, informé de la présence d'une « étoile jaune » parmi nous, me fit part des dangers auxquels j'exposais tout le monde tout ce monde, d'ailleurs, qui se refusait à « embrayer », comme il disait, dans de pareilles conditions.

Marcel Simon s'en rendit compte.

Il se leva.

Je prétextai des courses à faire et, remettant à plus tard ce jour-là « l'embrayage », nous allâmes tous deux déambuler dehors.

Je regretterai toujours de n'avoir pas eu la possibilité de courir jusqu'au bout ce risque révoltant.
A quelques jours de là, ceci se produisit.Je jouais, dans mon film, le rôle d'un sculpteur et je devais dire à mon modèle : Je vais d'abord vous faire en terre glaise. Or, on tournait et j'ai préféré dire : Je vais d'abord vous faire en glaise. L'ayant dit, j'insistai : Ça vous plairait, hein, d'être en glaise ? Et, voyant s'arrondir les yeux du producteur, j'ai ajouté : Pourvu que la censure ne me coupe pas ça !Un véritable cri d'épouvante interrompit la scène.
Coupez ! Coupez ! Pris de panique il supplia : Oh ! Ne dites pas ça, Monsieur Guitry, c'est effrayant !A moins qu'il n'ait détruit ce court passage « terrifiant » il doit exister encore, puisqu'il fut enregistré.

Sacha Guitry, Quatre ans d'occupations, Éditions de l'Élan, 1947.

jeudi 26 février 2009

« Elles vous ont tout un système philosophique en vérité sommaire, et qui ne concerne que les hommes mais qui tient parfaitement debout quand ceux-ci sont couchés. »
« Elles s'imaginent qu'on veut les détourner de leur chemin et ne s'aperçoivent pas qu'elles sont dans l'ornière. »
« Elles ont un redoutable avantage sur nous, elles peuvent faire semblant, nous pas. »
(A sa cinquième femme, Lana Marconi, lors de leur mariage)

Elles ont été mes femmes, vous serez ma veuve.

mercredi 25 février 2009

« Elles nous abandonnent leurs corps convaincus que cela devrait nous suffire alors que, précisément, cela pourrait nous suffire. »
« Elles n’aiment pas qu’on leur dise des choses inexactes et, ce qu’elles préfèrent, c’est en dire elles-mêmes, sachant parfaitement que personne ne saurait faire mieux... »
« Elles considèrent comme des remontrances les avertissements que nous avons la loyauté de leur donner. »